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DE MONNA VANNA A L' OISEAU BLEU

(1902-1905)

En 1905, les enfants Leblanc mettent en vente la maison du Baillage de leur père. Le 29 mai commence à l'hôtel des ventes de la rue Saint-Nicolas de Rouen la vente aux enchères, qui dure trois jours : une pendule en marqueterie Louis XIV, des buffets Renaissance, des pendules diverses, des armoires, des faïences anciennes, des bibelots, de l'argenterie, des bijoux, 41 tableaux dont une vue de Honfleur d'Alexandre Dubourg, un portrait de femme de Court et une marine de Bentabole. Il faut encore noter les livres à figures du XVIII° siècle, des ouvrages divers illustrés et de littérature, deux belles bibliothèques et du mobilier de bureau. Cela nous donne une idée de la richesse de la famille de Georgette.
Dans Le Petit Bleu du 28 avril, Maurice Maeterlinck publie un article contre le gouvernement belge, "le plus rétrograde, le plus ennemi des idées de justice qui subsistât en Europe, la Russie et la Turquie dûment exceptées. Nous sommes quelques-uns qui attendons que les choses passent, que la justice vienne, et qui espérons bien nous réjouir un peu de l'indépendance véritable, de notre pays." S'il encourage alors les partis de gauche, il ira encore plus loin en 1913. En 1905, le poète refuse de s'associer aux fêtes du soixante quinzième anniversaire de la création de l'Etat belge.
En juin et juillet, Georgette quitte encore Maurice pour aller se produire à Londres en des "matinées Georgette Leblanc-Maeterlinck."

Toujours au "presbytère" de Gruchet-Saint-Siméon, naquit "L’Oiseau Bleu". En 1905, un journal avait demandé à Maurice Maeterlinck un conte pour Noël. "Il avait créé les deux enfants puis, amusé par son idée, il m’avait annoncé que la petite histoire allait devenir une grande féerie." notera Georgette dans Souvenirs.
"L’Oiseau Bleu" est une délicieuse féerie philosophique qui se développe dans une atmosphère enchantée et offre un mélange original de sagesse et de poésie. Une poésie revêtue de gravité et une sagesse nimbée de poésie. Certains considèrent cette œuvre comme l’apogée de la carrière dramatique de Maeterlinck, "la couronne de sa pleine et riche maturité, le moment le plus brillant et le plus heureux de son inspiration."

A Coquelin, très éminent impresario et comédien qui voulait l’amener à mettre sa féerie philosophique au goût d’un public boulevardier, il répliqua : "Je jetterais plutôt mon manuscrit au feu." Maurice Maeterlinck demeura ainsi fidèle à lui-même, grâce à l’indépendance de son caractère, à la force de sa personnalité et à son isolement préservateur.

 

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Page manuscrite de L'Oiseau Bleu

Cette féerie est l’histoire de deux petits enfants de bûcherons Tyltyl et Mytil, qui, sans doute parce qu’ils ont été touchés par un rayon lunaire une nuit de Noël, partent à la recherche de l’Oiseau Bleu pour l’apporter à la Fée Bérylune. Pour les accompagner dans cette expédition, ils ont avec eux La Lumière, Le Feu, L’Eau, Le Pain, Le Sucre, Le Lait, Le Chien, Le Chat, c’est-à-dire les éléments, les choses ou les animaux qui sont sous la dépendance de l’Homme. Pour les aider dans leur recherche, la Fée Bérylune a donné au petit Tyltyl un diamant dérobé aux puissances de la Terre, talisman symbolisant la Science.
Les enfants parcourent successivement : le pays du Souvenir, le royaume de l’Avenir, visitent la Nuit, la Forêt. Ils croient capturer l’Oiseau mais, revenant au jour l’Oiseau a perdu sa couleur... Celui du Souvenir est noir, celui de la Nuit est mort, celui de l’Avenir est rouge. Ils reviennent à la pauvre chaumière et découvrent que la tourterelle qui chantait chez eux est en fait l’Oiseau Bleu. Point n’est besoin d’aller loin pour trouver le bonheur, alors qu’il nous attend chez nous et peut nous échapper.


Le Bonheur
"C'est tous les jours dimanche, dans toutes les maisons, quand on ouvre les yeux… Et puis, quand vient le soir, voici le Bonheur-des-couchers-de-soleil, qui est plus beau que tous les rois du monde ; et que suit le Bonheur-de-voir-se-lever-les-étoiles, doré comme un dieu d'autrefois… Puis, quand il fait mauvais, voici le Bonheur-de-la-pluie qui est couvert de perles, et le Bonheur-du-feu-d'hiver qui ouvre aux mains gelées son beau manteau de pourpre… Et je ne parle pas du meilleur de tous, parce qu'il est presque frère des Grandes Joies limpides que vous verrez bientôt, et qui est le Bonheur-des-pensées-innocentes, le plus clair d'entre nous… Et puis, voici encore… Mais vraiment, ils sont trop ! … Nous n'en finirions pas, et je dois prévenir d'abord les Grandes Joies qui sont là-haut, au fond, près des portes du ciel, et ne savent pas encore que vous êtes arrivés. Je vais leur dépêcher le Bonheur-de-courir-nu- pieds-dans la rosée, qui est le plus agile…Va !…"

Georges Stanislavsky, le 30 septembre 1908, crée "L’Oiseau Bleu" au Théâtre Artistique de Moscou. Il y aura des centaines de représentations. Puis viendra la tournée triomphale à Londres et enfin en France, la représentation du 2 mars 1911. Humperdinck Engelbert en 1912 écrira une musique pour "L'Oiseau Bleu". Jean Sibelius, sur commande du théâtre suédois d'Helsinki, compose en 1905 une musique de scène qui sera parfois jouée sous la forme d'une suite symphonique.

Le couple Maeterlinck réside à Gruchet-Saint-Siméon jusqu'à la fin du mois d'octobre.
Les 28 et 29 décembre 1905 il y eut deux représentations exceptionnelles de "La Mort de Tintagiles".