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1-Henri Cooreman 2-Charles Huyghe 3-Alphonse Dela Croix 4-Auguste Coemans 5-Jean Raes 6-Octave Minne 7-Alfred André

8-Auguste Casier 9-Charles Van Lerberghe 10-Paul Pycke 11-Gustave Bruneel 12-Alphonse Triest 13-Arnold Vande Velde 14-Grégoire Leroy 15-Maurice de Smet de Naeyer

16-Léon de Pélicky 17-Henrie de Groote 18-R.P. Modeste Schurmans 19-P. Henri Bosman 20-Joseph Van Melle 21-Maurice Maeterlinck


En 1882 Maurice Maeterlinck entre à l’Université de Gand, dans la faculté de philosophie et lettres préparatoires au droit. Là professent l’historien Henri Pirenne, les philosophes Franz Cumont, Paul Thomas, François Bidez. Le célèbre professeur de Droit François Laurent quitte cette même année la faculté, mais l’enseignement que reçoit Maeterlinck en est encore imprégné. Il réussit le 1er mars et le 14 juillet 1882 ses examens en philosophie, le 14 juillet 1883 il présente ses examens en droit. S’il échoue à son premier examen de Doctorat le 15 juillet 1884, il réussit le 11 octobre 1884. On n’y demandait que de la mémoire. Diplômé Docteur en Droit le 21 juillet 1885, il s’inscrit au Barreau de Gand, comme stagiaire chez l’avocat Edmond Picard, et en dit plus tard : "Il n’y advint rien qui ne demande de l’oubli." Il assiste néanmoins aux audiences, plaide pour le Bureau de Consultation gratuite des affaires de divorce, de pension alimentaire, de faillite. Après 3 ans, il est inscrit au tableau de l’Ordre des avocats à la Cour d’appel de Gand, le 9 octobre 1888 et plaide en flamand. Il installe son cabinet à son domicile 22, boulevard Frère-Orban à Gand. Ce n’est que le 21 décembre 1931 que son nom quitte le tableau de l’Ordre. Maeterlinck aura été avocat auprès de la Cour d’appel quarante trois ans !

Mais pendant tout ce temps la poésie l’habite et il écrit des poèmes. Ces vers eurent au moins un lecteur attentif en Charles Van Lerberghe.

CWB

Charles Van Lerberghe


Grâce à lui nous avons la liste des titres de poèmes disparus. Son premier envoi dans le but d’être publié est adressé à la Jeune Belgique, dirigée par Max Waller. Le 15 novembre 1883 enfin, ses vers "Dans les joncs" sont imprimés bien qu'ils "ne cassent rien". La deuxième tentative aura moins de succès en juillet 1884 : Waller notera "archimauvais". Il écrira "Une Idylle aux champs" en mars 1885, essai dramatique d'esprit encore naturaliste.
Maurice Maeterlinck a vingt-trois ans lorsque Rodenbach le dépeint comme "Imberbe, les cheveux courts, le front proéminent, les yeux clairs, nets, regardant droit, la figure durement modelée, tout un ensemble indiquant la volonté, la décision, l’entêtement, une vraie tête de Flamand avec des dessous de rêveries et ses sensibilités de couleur. Au fond, un silencieux, qui ne se livre pas facilement, mais dont l'amitié doit être sûre…"

Pendant ces années, il s’adonne au sport, pratique l’épée et la boxe. Avec le sculpteur Georges Minne et son ami Grégoire Le Roy, il se charge de faire la police lors de la séance qui voit, sur leur invitation, Paul Verlaine faire une conférence au Cercle artistique et littéraire de Gand.
Comme tout étudiant, et comme son père, il fréquente les "petites ailes", jouit des félicités de l’amour, introduction aux félicités spirituelles.

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En octobre 1885, il découvre Paris avec son ami Grégoire Le Roy (dont la vie à cette époque se confond avec la sienne), sous le prétexte fallacieux mais accepté par son père, d’y saisir les secrets de l’éloquence judiciaire. Il découvre surtout le bruit pénible. Les deux jeunes hommes logent dans une maison obscure, 22 rue de Seine. Tous deux prennent contact avec le monde littéraire et l’école symboliste. Ils côtoient le groupe du Lycée Fontanes (Condorcet), de 2 à 3 ans plus jeune.

"Je voyais souvent (a dit Maeterlinck) Villiers de l’Isle-Adam. C’était à la Brasserie Pousset, faubourg Montmartre. Il y avait là également Saint-Pol Roux, Ephraïm Mikhaël, Pierre Quillard, Rodolphe Darzens, le futur archiviste Camille Bloch, Stéphane Mallarmé... Catulle Mendès y passait quelquefois..."

Il y avait également André Fontainas, Georges Vanor, René Ghil, Stuart Merrill. Mais c’est surtout sa rencontre avec Villiers de l’Isle-Adam qui est marquante. Maeterlinck écrira dans les "Bulles Bleues" : "L’homme providentiel qui, au moment prévu par je ne sais quelle bienveillance du hasard, devait orienter et fixer ma destinée." Mais également : "Tout ce que j'ai fait, c'est à Villiers que le dois." (36bis) Cette année, selon Van Lerberghe, fera de Maurice Maeterlinck ,"du fils d'André Chénier et de Leconte de Lisle", un artiste personnel, un génie original à la recherche de formes insolites.

Maurice s’abreuve à la littérature d’Edgar Poe, de Baudelaire, de Dante Gabriel Rossetti.
Il fréquente le palais de Justice, mais, très vite, ses amis et lui se cotisent pour fonder une revue à laquelle Van Lerberghe à Gand participe aussi.


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Breughel

En mars 1886, ils font paraître leur premier numéro de "La Pléiade", revue dirigée par Rodolphe Darzens sous le patronage de Théodore de Banville, qui compte à peine  vingt abonnés ; malgré tout, six numéros paraîtront. Le conte en prose "Le Massacre des Innocents" (sa "première page de prose") inspiré de Breughel paraît en mai 1886, puis quelques poèmes en vers en juin 1886.
La revue meurt en novembre. C'est à Paris que Maeterlinck commence la rédaction des "Serres Chaudes" qu'il achèvera à Gand.

Au bout de sept mois, Maurice Maeterlinck quitte Paris pour retourner vivre en Flandre, passant l’hiver à Gand et l’été dans sa campagne de Wondelgem près d’Oostacker, au milieu de ses rosiers, ses ruches et de ses chères abeilles.
Il est présenté en 1887 par Georges Rodenbach aux rédacteurs de "La Jeune Belgique", et quelques autres poèmes y sont alors publiés. Dans la "Jeune Belgique" analysant des pièces devant figurer dans "Serres Chaudes" commencées à Paris, Rodenbach décrit Maeterlinck comme : "Le poète… a une très spéciale rétine, affectée seulement par les reflets des lumières, les végétations froides, aquatiques, les choses frêles, factices, fausses, qui miroitent dans le mensonge des eaux stagnantes et dans le mirage des nuées, et tout cela vu sous une lumière artificielle de lune, comme à travers le verre d'une serre bien close où le poète se serait enfermé à jamais."

A cette époque, il termine la rédaction de "Serres Chaudes" poèmes qui traduisent ses premières inquiétudes et un étouffement de l’âme, dans une atmosphère étrange. Jusqu'alors Maurice Maeterlinck n’avait écrit que des poèmes de forme purement parnassienne, mais la lecture d’un poème de Verlaine par Grégoire Le Roy, le frappa par certaines images vaguement mystiques et réveilla ses instincts de Flamand. "Ce titre de Serres Chaudes s'imposa naturellement, car Gand est une ville d'horticulture et surtout de floriculture, et les serres froides, tempérées et chaudes y abondent. Les feuillages, la température lourde et tiède des maisons de verre paternelles m'avaient toujours attiré. Rien ne me semblait plus agréable, plus mystérieux, que les abris où régnait la puissance du soleil.."

En avril 1889, il imprime lui-même ce recueil, ses économies y passant, de même que celles de son frère et de sa sœur. L’impression se fait chez l’imprimeur de ses amis Van Melle ; dans cette tâche l’aident Grégoire Le Roy et Georges Minne. "C’est admirable de maladie, de phosphorescence, d’atmosphère lourde et suffocante. Il y a des images inouïes ! Ce sont des Goya et des De Groux" dira Van Lerberghe. Maeterlinck précisera : "Dans Serres Chaudes, il n'y a que du Verlaine, du Rimbaud, du Laforgue, et comme on me le reproche, du Walt Whitman, et presque rien de moi-même, sauf peut-être cette sensation de choses qui ne sont pas à leur place." En juillet 1889, parlant de cette œuvre il dira à Mockel : "Je sais, que maintenant je suis détaché, que mon volume vaut peu de chose après tout" et à l’autrichien Karl Klammer : "un souvenir étrange, curieux et morbide." Puis à Maurice Martin du Gard, en 1924, il précisera :"C’est la maladie que j'ai eue, c'est ma rougeole."

En 1888, Maurice Maeterlinck part quinze jours en Hollande.