Il est baptisé à l'église Sainte-Elisabeth. A six ans (1868-1869) Maurice Maeterlinck fréquente la classe maternelle de l’Institut du "Nouveau Bois", au 51 rue Longue des Violettes, à deux pas du Petit Béguinage, où Soeur Julia respirait "la bonté, le dévouement et l’amour maternel." Une "petite porte verte dissimulée sous des buissons de lilas" ouvrait, dans le mur blanc, sur un "jardin de curé débordant de fleurs." Dans le grand parc des "arbres vieux et touffus" se dressaient autour d’une pelouse, là, un jour, les "grandes" avaient porté Maurice "en triomphe sur une chaise de jardin."
Maurice sera élevé par des gouvernantes souvent remerciées par sa mère parce que trop charmantes avec son père ou par le père parce qu’il ne leur trouvait pas assez de charme. Avec elles il apprendra l’allemand et l’anglais, découvrant Shakespeare à l’âge de 8 ans. Comme pour toute la haute société, le français était sa langue maternelle, et il ne parlait Flamand qu’avec la domesticité.

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De 1869 à 1874 il va en classes primaires à l’Institut Calamus, où l’avaient précédé Georges Rodenbach et Emile Verhaeren.

A Langerbrugge, commune de Wondelgem, la famille Maeterlinck possède une maison de campagne. Mais du fait de sa plus grande proximité avec le village voisin (1500 mètres), la tradition la situe à Oostacker. C’est à Oostacker, gros village des environs de Gand, dans cette maison de campagne, un cube blanc à volets verts, agrandie considérablement à la suite d’héritages et flanquée d’une tour au toit d’ardoises, où sont logés les trois garçons, que Maurice Maeterlinck vit les meilleures années de sa vie. "L'ensemble de la construction donnait l'idée d'un château de Touraine complètement raté."

La maison comportait un grand vestibule, une salle à manger cossue, diverses pièces de réception, une bibliothèque, une cuisine où trônait un tournebroche à contrepoids. Et puis cette vaste pièce commune "mi-bureau, mi-laboratoire horticole ; fauteuils de cuir, bibliothèque vitrée, grande table encombrée de papiers, de corbeilles, de coupes et de vases pleins de fleurs et de fruits ; orchidées, pêches, prunes et superbes grappes de raisins ; dans un coin, une grande horloge à gaine, outils de jardinage, pulvérisateurs, alambics, éprouvettes, ruches."
Tout un décor que l’on retrouvera dans "Le Bourgmestre de Stilmonde". Mais surtout un très grand jardin de 5 hectares environ. Le grand espace, les fleurs, les fruits, les abeilles de son père, la campagne.
Les enfants purent à loisir observer toutes les manipulations mystérieuses de leur père lors de  sa nouvelle passion pour l’apiculture. Le canal de Terneuzen, "un canal féerique ombragé d’une double rangée de grands ormes" (où il faillit se noyer deux fois), laissait filer "un navire de guerre à pleines voiles", ce canal où "les navires, les bateaux à vapeur de Londres et Liverpool avaient l’air de passer au milieu du jardin." Avec son frère Ernest il aime à sillonner les canaux sur de frêles embarcations aux noms de "La Noisette" ou "L'Hérétique". Et au loin, derrière l’horizon, la mer, les îles, l’estuaire et Walcheren, île d’évasion où il fera son premier voyage de noce avec la première femme vraiment aimée.
Pour lui, à Oostracker tout est bonheur au milieu des œillets, jacinthes, lys, lupins, giroflées, pavots et pétunias, toutes les dynasties de roses, véroniques, balsamines, digitales, pois de senteurs, volubilis, chèvrefeuille… "Maeterlinck fut élevé par un jardin." Cette maison de campagne a aujourd’hui disparu dans les agrandissements du port de Gand ; le canal l’a engloutie. Quand elle dut être évacuée, on vendit les panneaux décorant la salle à manger ; ils étaient signés Doudelet, le grand artiste gantois qui illustra de nombreuses œuvres de Maurice Maeterlinck. Ils furent, paraît-il, achetés par un forain qui en orna sa roulotte.

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