1 - LA JEUNESSE

(1862-1888)

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Acte de naissance.

Maurice MAETERLINCK (Polydore-Marie-Bernard) est né à Gand (Belgique) le dimanche 29 août 1862 à midi, au 6, de la rue du Poivre, dans un hôtel de style Empire ("un grand manoir" précisera l'écrivain en 1912), non loin de la cathédrale de Saint-Bavon, et moins loin encore du cloître des Dominicains.



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Façade du 6 rue du Poivre.

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Vestibule du 6 rue du Poivre.

Gand est une cité sortie des siècles passés, toute armée de flèches, de tours, d’étonnants pignons taillés en escalier, de demeures allant du pur gothique au style rococo ; quatre rivières : l’Escaut, la Lys, la Lièvre, la Moert et le canal coulent à ses pieds. Victor Hugo écrit : "Gand est un réseau d’eau vive qui se noue et se dénoue à tout moment et qui partage la ville en vingt six clés." Elle était au XV° siècle, une des villes les plus riches du Duché de Bourgogne. Elle devint française en 1792, chef-lieu du département de l'Escaut.

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"La Grande Boucherie" de Gand (1404-1417), à droite, vue du quai de La Grue, bordant la Lys.

Gand est une cité sortie des siècles passés, toute armée de flèches, de tours, d’étonnants pignons taillés en escalier, de demeures allant du pur gothique au style rococo ; quatre rivières : l’Escaut, la Lys, la Lièvre, la Moert et le canal coulent à ses pieds. Victor Hugo écrit : "Gand est un réseau d’eau vive qui se noue et se dénoue à tout moment et qui partage la ville en vingt six clés." Elle était au XV° siècle, une des villes les plus riches du Duché de Bourgogne. Elle devint française en 1792, chef-lieu du département de l'Escaut.

Maurice Maeterlinck connaîtra peu cette première demeure, son père ayant fait construire peu après sa naissance, au 22, boulevard Frère-Orban un confortable hôtel particulier de style Louis XVI. Cette dernière propriété sera vendue après la mort de la mère de l'écrivain en juin 1911.

Maeterlinck appartient à une vieille famille flamande qui s’était fixée, au XIV° siècle, à Renaix, localité de la Flandre occidentale sur la ligne séparative du Français et du Flamand, dont Gand est le chef-lieu. Un de ses ancêtres, bailli, aurait pendant une année de disette, distribué aux pauvres des mesures de grain. De ce fait, et du terme qui servait à désigner cette "mesure", dériverait le nom de Maeterlinck. Sa récompense sera d’être promu Chevalier, d’avoir droit à des armoiries parlantes (d’"Azur aux trois louchets d’argent") et à une devise "Quand vouldra Dieu".

Son père Polydore, notaire selon ses biographes, "propriétaire rentier" selon Maurice (lettres de 1909 et 1931) appartient à la bourgeoisie catholique de langue française qui constitue, au XIX° siècle, un milieu cossu et fermé où les plaisirs de la table tiennent plus de place que les joies de l’esprit. Ce père a fait ses études au Collège des Jésuites de Namur. Ce rentier que la timidité poussait à des actes d’autorité, était juste et bon mais dur et froid. "Ayant toujours été tyrannisé, pour affermir son existence, mon père croyait récupérer sa liberté perdue dans l'innocence en tyrannisant à son tour. […] Il était convaincu qu'il nous améliorait en nous contrariant et formait notre caractère en le brisant." Maurice tiendra de lui. Ce père découvrant Maurice sanglotant au pied du lit de son frère Oscar décédé, le prendra dans ses bras et lui dira : "Je ne te connaissais pas, tu ne me connaissais pas, embrassons nous enfin." Mais l’un et l’autre redeviendront aussitôt durs et froids.

 

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Polydore Maeterlinck.

Ce père, ayant trop de sang et de santé, était un être toujours actif : pomologue averti, il allait du jardin au verger, puis au rucher. Il donna son nom à quelques nouvelles espèces : la pêche Maeterlinck et le raisin Polydore, et préféra à la lecture des œuvres de son fils celle d’un "Traité de Pomologie" ou encore du "Manuel du parfait jardinier", tandis qu’une rangée de ruches ornait le fond de son jardin. "Mon père possédait une bibliothèque importante, mais où vous auriez difficilement trouvé autre chose que des livres d’horticulture." Maurice se souviendra avoir joué sa première pièce dans la "longue serre à raisins, où les grappes noires des frankenthals et les grappes d’or des chasselas et des muscats s’alignaient en perspective d’un bout à l’autre de la salle de verre" qu’ornaient en outre en ce moment, des gloxinies aux calices de velours ; car chaque année, ses goûts étant assez versatiles, ce père "se passionnait chaque année pour deux ou trois fleurs nouvelles auxquelles il sacrifiait toutes les autres." "J’ai connu ainsi l’année des bégonias, des pélargoniums, des résédas, des cyclamens, des giroflées, des glaïeuls, des amaryllis et même de l’humble capucine." Mais ce père, bricolant aussi dans la maison partait régulièrement pour recueillir l’argent des loyers et des fermages. Il fréquenta également ces bourgeoises de vertu légère que Maeterlinck surnommait les "petites ailes" (après les avoir lui aussi vues de près pour en garder des souvenirs nullement attristés).

Sa mère "petite, mince, au visage agréable", "indulgente et bonne", avait "une robe de soie et une chaîne d’or." Née Van Den Bossche, elle était la fille d’un avoué gantois très riche. Mais surtout, son frère Edmond mourut en lui laissant un héritage de trois millions de francs-or. Elle régnait de façon admirable sur la maison, intérieur flamand fait de lourds meubles de chêne, de tentures, de tapis et de tableaux. "Tout y respire l’ordre et la paix. Le vestibule bien chauffé est clair et gai. Auprès d’une jardinière garnie de plantes vertes, l’escalier monte, poli comme un miroir. Le salon, sanctuaire inaccessible, n’est ouvert qu’aux jours de fêtes et d’anniversaires, les meubles dorment sous leurs suaires blancs, et, dans leurs cadres d’or, les portraits de famille sourient mélancoliquement. En revanche, la salle à manger s’impose : elle ouvre au fond du vestibule une baie accueillante et laisse voir, sous la vitre des étagères, de lourdes pièces d’argenterie, brillantes et ventrues. On sent que là s’élaborent les actes importants de la vie journalière. Sur la table, un plateau est dressé, nous sommes en Flandre où l’hospitalité est le premier des devoirs. A toute heure du jour, un goûter est préparé pour le visiteur possible." Tenue au silence par son mari qui ne supportait rien qui importunât sa volonté, elle laissa à son fils le souvenir de son sourire de bonté plutôt que le son de sa voix. Maurice Maeterlinck, supporta bien, en 1904 la disparition de son père, mais celle de sa mère altéra sa santé.

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Maurice a deux frères et une sœur. Oscar (décédé à l'âge de 21 ans en mai 1891), Ernest (décédé en 1922) qui deviendra notaire, Marie (décédée en 1940) qui ayant quelques velléités artistiques (elle voudra devenir peintre) s’assagira en épousant un magistrat dont elle divorcera, reportant son amour sur son fils unique.

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