Dès que possible d'autres documents photographiques seront ajoutés à cette biographie


15 - LE RETOUR 

(1947-1949)

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Après sept ans d’absence, Maurice Maeterlinck arrive à Cannes le 2 août 1947 à 18h30, en provenance de New-York, sur le paquebot battant pavillon polonais "Sobiesky". Il est accueilli par les autorités locales, dont le Consul général de Belgique Willy Lamot et son ami le peintre Jean-Gabriel Domergue. Aux journalistes, Maurice Maeterlinck explique qu’il n’a plus l’intention de voyager ni d’écrire, ayant dans ses valises de nombreuses œuvres écrites aux U.S.A. qu’il n’a pas fait éditer de peur de les voir adapter. Il n’est pas question pour lui d’aller au château de Médan : celui-ci a subi les avanies de la guerre, occupé par les armées allemandes puis par des réfugiés, et les bâtiments sont dégradés.
Il ne peut loger de suite dans son palais d’Orlamonde car il a été pillé par "l’ami" qui en avait la charge. Un long procès opposera Maurice Maeterlinck au couple Albert de Chambure (dit Comte de Chambure). Il leur reproche d'avoir détourné de nombreux manuscrits ainsi que des objets de valeur dans leur deux maisons et réclamera 700.000 francs de dommages et intérêts.

Un autre procès occupera Maurice Maeterlinck, intenté contre son éditeur aux U.S.A., Mr Dods Mac Millan, à qui il réclame $ 250.000 "pour mauvaise exploitation de son œuvre." Il perdra.

Il séjourne alors chez son ami Eugène Baie au quartier de Cimiez, à la villa Alhambra, puis dans une suite à l’Hôtel Négresco chez son ami Marquet (Belge et propriétaire des Grands Hôtels Européens (à Paris le Claridge, à Lyon le Palace Hôtel, à Bruxelles le Palace Hôtel et l’Astoria, à Ardenne - Belgique - le Château d’Ardenne, à Madrid le Palace Hôtel et le Ritz, à Saint-Sébastien le Continental, à Santander le Réal), le temps qu’à nouveau les ouvriers restaurent Orlamonde.
Un temps découragé par tout ce travail, il écrit à Georges Rency : "Je n’ose pas encore caresser le projet de revoir ma chère Belgique. A Nice, la vie est pécuniairement impossible. Dès que mes affaires y seront réglées (à mon détriment), j’emporterai ce que le fisc et le vautour m’auront laissé pour retourner aux Etats Unis où, à la rigueur, on peut trouver de quoi végéter, en attendant mon retour dans mon pays natal pour y finir mes jours." Tout comme son père qui consacrait un grand soin à l’encaissement de ses fermages, Maurice était toujours des plus attentif à la perception de ses droits d’auteur.

Henri Matarasso, célèbre libraire d’éditions rares à Nice, se rend plusieurs fois au Négresco, pour une estimation de la bibliothèque personnelle de Maeterlinck. Celle-ci sera dispersée après son décès par Mr Tulkens. Lui et son fils Jacques retourneront souvent à Orlamonde après le décès de l’écrivain, toujours pour estimer des éditions rares, parfois conservées sans protection dans une corbeille d’osier. Ils garderont le souvenir du palais Orlamonde comme d’un endroit froid, trop grand pour donner la moindre sensation d’intimité, où il y avait peu ou pas de tableaux. Notre libraire gardera le souvenir de la comtesse comme une maîtresse femme de 1m50.

Renée Maeterlinck est enchantée d’avoir pu ramener dans les soutes du paquebot sa petite Simca d’avant guerre.

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Maurice Maeterlinck amaigri, une fois dans son palais au milieu des cyprès, des cèdres, des daturas blancs, des rosiers buissons "Général Shablikine" qui fleurissent jusqu'à Noël d’un rose clair lavé de blanc et au parfum de thé, des bougainvilliers, des massifs blancs d’anthémis, à pas lents appuyé sur une lourde canne, reprend ses promenades dans le magnifique jardin face à la mer. Dans la salle à manger, chacun à un bout de l'immense table de marbre, le couple prend ses repas tranquillement, comme avant la guerre. Maurice Maeterlinck, pour combattre sa tension, profite des vertus de l’ail et en absorbe une quantité phénoménale tous les jours, ce qui incommode son épouse.
Sur son bureau ou le soir dans sa chambre, il prend l’habitude d’avoir sans cesse à ses côtés un pistolet, de façon à chasser d’éventuels voleurs ou squatters. Virgile Barel, Président de la Délégation spéciale après la libération, reçoit un jour un appel d’un particulier se plaignant qu’un fou tire à balles réelles sur les baigneurs au cap de Nice. Un fourgon de police est dépêché sur les lieux et a la surprise de découvrir que le tireur n’est autre que Maeterlinck, qui ne supporte pas la présence de baigneurs le long de la côte. Les policiers retirent l’arme à Maurice Maeterlinck, mais le tireur incompris, du fait de sa notoriété, n’encourt aucune poursuite judiciaire. Sur une des photos du grand salon du premier étage, derrière un fauteuil, on aperçoit encore deux canons de fusils.

Orlamonde pendant les séjours de Maurice accueille encore des personnalités telles que Jules Romains, André Maurois, Maurice Martin du Gard, Eugène Baie (demeurant villa Alhambra 46, bd de Cimiez à Nice), André Malraux, Léon Camu, Maurevert...
Maurice Martin du Gard témoignera en 1962 sur cet homme qui fuit le monde et s’enveloppe d’un silence. "Il avait des silences extraordinaires. Il ne fallait pas s’en offusquer, d’ailleurs j’avais entendu son silence dans le "Trésor des Humbles" quand j’étais tout petit. Et, c’est une chose qui m’avait frappé et ému. Je dis, comment vais-je me taire avec lui, c’est très compliqué. Pas du tout, c’était très confortable. Alors il parlait et puis tout à coup, il se taisait. Il se taisait longtemps, et c’était pas désagréable. On ne se disait pas Mon Dieu, Mon Dieu je l’embête, il faut que je file. Non, pas du tout, et si vous faisiez le moindre geste, il vous ramenait sur votre fauteuil, puis, on regardait la mer. Il y avait toujours des bateaux qui passaient au loin, qui s’en allaient vers Gênes."

Reçu en mai 1947 chez Mme Poberejsky à la villa Malachite à St Jean Cap Ferrat, Maurice Maeterlinck se plut à dire à son interlocuteur Robert Vidalin, qui venait de réciter quelques vers, "j’écris des vers, moi aussi… " et il se mit à murmurer :

Encore un an qui tombe
Encore un an tombé !

Il tombe dans ma tombe
Depuis que je suis né…
Il tombe dans ma tombe
Où je gis consterné !
Car on est seul au monde
Lorsqu’on est enterré…
La vie est triste aussi
Et la mort n’est pas belle
La mort est triste aussi
Mais elle est immortelle !
Seule elle vit en nous
Seule elle vit en tout
Seule elle est éternelle…
Et rien ne meurt en elle !

puis il termina par :

Allez où vos yeux vous mènent
Vers le mal, vers le bien
Vers le bonheur ou la peine
Vers le bonheur qui n’est rien !
Vers le malheur quotidien
Allez où vos yeux vous mènent
Dieu les fermera demain…



Dans une lettre adressée à Maurevert, Maeterlinck écrit que, d’après les journaux, c’est le dernier jour de la pelote basque et qu’il désire depuis longtemps connaître "ce sport mystérieux et suspect de pédérastie comme tout ce qui est basque." Il part donc pour Monte-Carlo voir ce spectacle.

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Maurice Maeterlinck au restaurant La Réserve Nice-Est

En 1948, sur les conseils de sa femme Renée, Maeterlinck écrivait les souvenirs des jours heureux, qui parurent sous le titre "Bulles Bleues". "Presque tout ce que je viens de raconter, se passait il y a plus de soixante ans. Tous sont entrés dans la mort ; seul je leur survis quelques jours pour les faire revivre. Après quoi, ils disparaîtront avec moi. Miracle du souvenir, résurrection des morts ! … Quand on pense à eux, quand on parle d'eux, ils envahissent la chambre et la maison. Lorsque je les évoque, ils ne veulent plus me quitter. Je ne peux plus les renvoyer à leurs tombes, ils s'accrochent à ma vie, ils m'obsèdent et me dévorent jour et nuit."

Il prévoyait un deuxième tome où il aurait parlé de ses maisons et de l’importance qu’elles avaient eue dans ses écrits, lui qui ne pouvait prendre la plume que dans un cadre où les pièces étaient immenses. Son éditeur espérait également faire paraître son journal.
En fait Maurice Maeterlinck découvre le décor de Saint-Wandrille en 1906 bien longtemps après avoir écrit : Princesse Maleine, l'Intruse, Les Aveugles, les Sept Princesses, Pelléas, Alladines et Palomides, Intérieur, La Mort de Tintagiles, Aglavaine et Sélysette, Ariane et Barbe-Bleue, Béatrice, Monna Vanna, Joyzelle, L'Oiseau Bleu. Qui plus est, ce n'est pas son choix mais celui de Georgette.
La bastide des Quatre Chemins acquise en 1906 par Maurice peut faire penser à une belle et riche demeure romaine telle celle de Marie-Magdeleine pièce écrite à Grasse en 1908.
Pour le Bourgmestre de Stilmonde le décor est celui de la maison de son enfance.
La Puissance des Morts se déroule également en Flandres.
Le décor d'Orlamonde choisi par Renée, s'il a pu avoir quelque influence, n'aurait pu se retrouver que dans Princesse Isabelle, Jeanne d'Arc, Les Trois Justiciers, L'Abbé Sétubal, Le Jugement Dernier.
La maison de Gruchet-Saint-Siméon, celle des Abeilles, si belles qu'elles soient, n'ont pas la majesté requise pour être les châteaux rêvés de Maeterlinck.
La nature par les rivières, lacs, fontaines, bois, forêts, peut être d'ici ou d'ailleurs.
Ne disait-il pas en 1929 : "Je tends à faire jouer aux décors un rôle direct dans l'action. On a voulu voir du fantastique, du fantasmagorique même dans le mystère humain de mes drames, qui sont surtout à base de nature et de vie. C'est le prolongement de la nature et de la vie dans le mystère. Mais il est certain que mon théâtre comporte une esthétique spéciale qui ne cadre pas avec le théâtre moderne, où les décors représentent une simple toile de fond avec quelques bariolages cubistes. J'ai d'ailleurs, depuis longtemps, renoncé au théâtre, je n'y vais personnellement presque jamais." (La Revue Belge)

La pièce en douze tableaux "Jeanne d'Arc", écrite pour Renée, est publiée à Monaco aux Editions du Rocher, comme les "Bulles Bleues". "A ma femme en qui s'incarna la Jeanne d'Arc que j'ai essayé de ressusciter. New-York décembre 1940." Il l’avait écrite en Amérique et sa femme voulait la créer en anglais. Mais le "producer" après avoir lu la pièce déclara à Renée : "Impossible. Cela n’aurait aucun succès auprès du public. Votre mari a manqué l’autobus, il n’a pas traité l’affaire d’amour entre Jeanne d’Arc et de Gaulle, il n’a pas traité l’affaire d’amour entre Jeanne et Charles VII." Conférence du 19 décembre 1960 Montabré.

En septembre 1948, Robert Vidalin (de la Comédie Française) s’insurge contre l’annulation par Maurice Maeterlinck de la représentation au Nouveau Casino de Nice de "Monna Vanna", pour laquelle Renée Maeterlinck doit participer à la mise en scène.

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En 1949 Maurice Maeterlinck reçoit la Médaille de la Langue Française des mains de Georges Lecomte, Secrétaire perpétuel de l'Académie, qui prononce ces paroles : "…Bulles Bleues nous est une précieuse occasion de lui témoigner par un acte l'admiration que, depuis longtemps, nous avons pour son œuvre émouvante, originale, si belle et si diverse. Comme nos prédécesseurs, nous regrettons que son tendre et fidèle attachement à la nationalité belge nous empêche de lui donner une marque plus décisive et complète de nos sentiments."
Dans un enregistrement datant de 1949 Maeterlinck donnait à Radio Monte-Carlo son avis sur l’état de la France après guerre. "Il n’est plus question de bulles bleues, les bulles aujourd’hui sont noires. Il est certain que tout va de mal en pis, nous avons roulé au plus bas de la côte, après quoi, rien que l’abîme d’où l’on ne revient pas. La rage, la cupidité, la malhonnêteté, la paresse, l’envie, la haine engendrées par la guerre sont au comble, mais au fond, ce ne sont que des maladies de notre renaissance : ne désespérons pas, le France a connu de plus dangereuses épreuves ; par exemple avant Jeanne d’Arc, puis la fin de la Révolution Française et surtout la fin de la Fronde où tout n’était plus que putréfaction. Il s’agit avant tout d’assainir sa morale électorale qui subit les désastreuses influences de mortifères utopistes qui voudraient remplacer le Paradis où nous vivions par l'Enfer où ils agonisent. Mais la France a toujours aimé les miracles et les miracles ont toujours aimé la France. C’est toujours un miracle qui l’a sauvée. Plus grand est le péril, plus sûr est le miracle. Elle le fera demain." (Enregistrement Radio Monte-Carlo par Arabelle épouse du Docteur Ducoeur)

Arabelle

L’affaire qui oppose Vidalin au Nouveau Casino (et par conséquence à Maeterlinck) traîne jusqu’en février. Le Nouveau Casino avait rompu le contrat après réception d’une lettre de Maeterlinck stipulant : "Vous n’avez qu’une troupe de comédie et malgré quelques vedettes, vous ne pourrez que trahir mon œuvre."
Elle passera au tribunal le 8 mai 1949, au lendemain de la mort de l'auteur.

En février, il se blessa à une jambe en descendant de voiture, la portière lui heurtant violemment le péroné qui fut fêlé. Il fut contraint à une immobilité qui dura de longues semaines, pendant lesquelles il se plaignait de la méchanceté du monde, et il s’en prit même à Dieu qui l’avait si brutalement abandonné. Et tandis qu’il restait au lit, en proie à de profondes douleurs, il reçut une lettre de Paul Claudel (Antonio Aniante). Cette lettre le vouait à la géhenne. "J’ai préféré ne point répondre à cet hurluberlu. Sinon je lui aurais écrit "Votre texte est digne de la chaisière de Saint-Sulpice un jour où elle a vidé les burettes de la sacristie" rétorque Maurice.

Le 4 avril 1949, à 20h sur la Radio Nationale, Renée Maeterlinck interprète "Le Malheur Passe", pièce en trois actes écrite en 1924 qui a une construction de roman policier, avec pour interprètes : Suzanne Després, Claude Lehmann, Roger Monteaux. Les personnages portent en eux une fois de plus l’amour et la mort qui s’affrontent dans leur conscience. Maeterlinck souligne ce qu’a de désespéré la fuite des jours.

Encore un printemps mort,
Encore un an qui fuit…
Nous entrerons au port
Quand tombera la nuit.
Nous entrerons au port
Quand nous n'y verrons plus,
Nous y serons encore
Quand nous ne serons plus…
ou encore :
Encore un an qui tombe,
Encore un an tombé,
Il tombe dans ma tombe.

Pendant ces derniers mois, Maurice Maeterlinck parlait de ses dernières volontés, souhaitant qu’aucun ouvrage commencé ou non corrigé de sa propre main ne fût publié après sa disparition. "Je ne crois guère à la Rédemption du peuple par la littérature."
Le bilan de sa vie est fait, il attend tranquillement la mort au sujet de laquelle il a tant écrit.

"Je suis plus près de la mort, il est vrai ; mais toujours j'ai vécu près d'elle parce que je ne l'ai jamais séparée de la vie. Elle m'en séparera quand elle voudra, je ne lui demande pas de sursis. Je n'ai rien à changer à ce que je fais, à ce que je pense ; j'ai toujours agi, j'ai toujours pensé comme si j'eusse dû m'en aller demain. Je n'ai pas d'injustices à réparer. Je ne crois pas qu'à la dernière heure je devienne un autre homme. Comme nous le faisons tous, au début de la vie, j'avais espéré plus haut que moi. Je connais aujourd'hui mes limites que je n'outrepasserai pas en entrant dans la tombe. J'ai fait ce que j'ai pu. Si je n'ai pas fait mieux, c'est que je n'ai pas mérité de mieux faire. J'ai vainement tenté de franchir ce qui me bornait. Je savais que par delà se trouvait tout ce que j'ignorais ; mais je ne le voyais pas. Malgré mes années, j'essaie encore à l'atteindre. D'autres verront plus loin, d'autres iront plus loin et feront ce que ma bonne volonté n'a pas fait."

Jeudi 5 mai 1949, après une semaine de fatigue, il se sent mieux et se promène dans les jardins d’Orlamonde. Il est heureux car il a rendu visite à son horticulteur à qui il a passé une commande de fleurs dont la gamme de couleurs illuminera Orlamonde. Mais le soir, alors que sévissent l’orage, le vent, la pluie sur Nice, il se retire au premier étage, dans sa chambre qui donne vers le soleil levant. Il y est pris d’une crise d’étouffements. Une heure après, Renée quitte sa propre chambre, à l’autre extrémité du bâtiment, c’est-à-dire donnant au soleil couchant, elle lui rend visite et constate l’état de Maeterlinck. Il est trop tard. Il succombe à une crise cardiaque. Il est 23h.
A la Comtesse Maeterlinck, qui lui servait d’infirmière depuis sa maladie en Amérique, celui qui avait un visage d’archange aurait adressé ces dernières paroles : "Vive l’immortalité."
Selon d’autres sources, elle s’inquiète et il lui répond "Il y a tout simplement que je suis en train de mourir… Oh ! Pour moi, ce n’est rien… C’est normal… Mais toi…"

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Reflets dans les bassins d'Orlamonde

Peut-être a-t-il repensé avant son dernier souffle à ses paroles : "Le souvenir auquel je tiens le plus, Seigneur, est celui des heures où je vous ai cherché, où j’ai pensé à vous, où j’ai essayé de vous comprendre, de vous pénétrer, de vous justifier, afin de pouvoir vous adorer sans mensonge et sans rien vous demander."

"L’Intruse" est entrée dans Orlamonde et Maurice Maeterlinck est parti avec elle. La mort disait-il "De loin, on dirait une montagne d’horreur qui bouche l’horizon. A mesure qu’on s’approche, tout s’affaisse, s’aplanit et de près ce n’est rien." Mais également que : "Tout ce qui meurt tombe dans la vie." et aussi "La mort je ne la connaîtrai jamais, car lorsqu'elle sera là, je n'y serai plus."
Il voulait être incinéré. "Purifié par le feu, le souvenir vit dans l’azur comme une belle idée et la mort n’est plus qu’une naissance immortelle dans un berceau de flammes."
Sur la mort, il disait également : "la seule survie possible consiste dans la fusion de notre conscience, au sein de cette conscience universelle dans cet esprit du monde." Et lorsqu'on lui posait la question - redoutez-vous la mort ? il répondait : "Ce que je redoute, c'est ce qui précède la mort : la maladie, le gâtisme et le "mourir" de Montaigne."

Le poète, dans un simple costume de drap bleu sur son lit monumental, ne fut visité que par son épouse, son médecin le Docteur Milhe, son grand ami Eugène Baie et Charles Moracchini.
Les obsèques eurent lieu le 10 mai 1949 à 11 heures au cimetière du Château à Nice. Renée Maeterlinck entourée des neveux de Maurice, Messieurs Jean Maeterlinck, Marcel Stuckens, Guy Storne, et de l’historien belge Eugène Baie, écouta la "Brabançonne" exécutée par la musique du 159ème R.I.A. dirigé par le capitaine Beaufort. Le cercueil recouvert d’un drap noir étoilé d’argent fut conduit à la chapelle ardente du cimetière tendue des drapeaux belges aux accents de la marche funèbre. Les grands et les anonymes viendront là lui rendre un dernier hommage. Maurice Martin du Gard, Charles Moracchini, directeur honoraire des jeux au Ministère de l’Intérieur, qui l’accompagna dans de nombreux voyages et qui s’occupa de ses affaires, seront parmi ceux-là.

"Mort, je ne veux ni pompes, ni discours, ni navets sur ma tombe." Il eut droit à tout.

Maurice Maeterlinck fut ensuite incinéré à Marseille.


"Ronde d'Incinération"
Nous n'aurions plus de morts
S'ils n'avaient pas de tombes…
Tous les chagrins du monde
Nous viennent de leurs tombes
S'ils n'avaient plus de tombes
Ils souriraient encore…
Nous n'aurions plus de Morts…

Ses cendres, placées dans une urne de marbre, retournèrent à Orlamonde. Cette urne posée sur une cheminée côtoyait un bouquet "de daturas, grandes corolles blanches qui, semblables à ses pensées ne montent pas de la terre vers le ciel, mais descendent du ciel vers la terre." Elle fut conservée religieusement par son épouse Renée Maeterlinck jusqu’à sa mort. Plus rien ne bougea à Orlamonde. Les lunettes du poète, sa pipe, sa canne, son chapeau rond et sa cape, tout était encore empli de sa présence.

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Orlamonde après le décès de Maurice Maeterlinck

Maurice Maeterlinck avait peu voyagé pendant les années partagées avec Georgette Leblanc ; il n’en fut pas de même avec Renée. Il aimait écrire avant ; il se força après. L’argent l’intéressait déjà au début ; il devint une préoccupation permanente dans la seconde partie de son existence. Reste une inconnue, son réel sentiment sur le fait de n’avoir pas d’héritier, même si une fois avec Georgette et trois fois avec Renée s’est présentée cette possibilité. Toute sa vie il fut l’enfant gâté qu’il n’eut pas.