sapin_clair_matin0043

La Wallonie publie, en janvier 1890, un petit drame en un acte "L’Approche" qui n’est autre que "L’Intruse" inspirée du poème de Rossetti "Sister Helen". Dédiée à Edmond Picard, elle sera jouée l’année suivante. Maurice Maeterlinck publie aussi chez Lacomblez "Les Aveugles" pièce dédiée à Van Lerberghe. Aux problèmes de notre destin personnel les personnages de ces œuvres n'apportent qu'une solution négative, ils agissent sans espoir et presque sans conscience.

Une si éclatante révélation de son nom ne semble pas avoir troublé Maurice Maeterlinck dans sa vie paisible. Mais il écrit le 4 octobre 1890 à son ami Gérard Harry : "Je t’en prie en toute sincérité, en toute sincérité, si tu peux empêcher les interviews dont tu me parles, pour l’amour de Dieu, empêche-les. Je commence à être affreusement las de tout ceci. Hier, pendant que je dînais, deux reporters du... sont tombés dans mon potage. Je vais partir pour Londres, car je suis malade de ce qui m’arrive. Donc, si tu ne peux détourner les interviews, on interviewera ma servante." Il emploiera  aussi le terme de croques-notes pour dénommer les journalistes. Mais, du fait d’un article non signé, paru le 28 octobre 1890 dans un journal britannique, Maeterlinck était aussi connu en Angleterre qu’en France.

***

En 1891, inspiré par l’œuvre de Maeterlinck, Pierre Hermant écrira un "Menuet de la Princesse Maleine".  Beaucoup plus tard, Erik Satie projeta de mettre en musique cette œuvre, mais s’arrêta lorsqu’il sut que Debussy travaillait à "Pelléas". "Mon vieux, se dit-il à lui-même, tu n’as plus qu’à te taire." En septembre 1891, la Belgique décerne à Maurice Maeterlinck le prix triennal de littérature dramatique. Mais l’écrivain refuse "cette couronne imprévue", pour éviter de cautionner, par son approbation, les injustices commises à l’égard de ses aînés (Camille Lemonnier en 1883 et d’autres), dont il se réclame.
Maurice Maeterlinck rapidement reconnu par le jeune mouvement littéraire belge, ne peut en dire autant des "milieux académiques". Surtout, il ne veut rien devoir à Frédérix qui a écrit le 9 août 1890 sur "Princesse Maleine" un article "fielleux".
A cette époque, André Gide viendra à Gand voir Maeterlinck. Il entendra la lecture des "Sept Princesses" et écrira dans son journal : "Maeterlinck est d’une force admirable."
Pendant que tout le monde discutait son œuvre, ce robuste et plantureux flamand continuait de plaider, d’une voix grêle et sourde, pour de petits procès correctionnels en flamand qu’il perdait le plus souvent. On comprend que, plus tard, il ait chanté les vertus du silence.
Pour y remédier, son père voulut le faire rentrer dans l’Administration ou la Magistrature. L’appui espéré d’un sénateur catholique, grand industriel du sucre qui avait l’oreille du ministre de l’époque Vannerus de Solart, lui fut refusé. On lui fit comprendre en haut lieu qu’il s’était "disqualifié" par ses premières œuvres. Pour cette charge de juge de Paix on lui répondit : "En raison du signe qui vous marque et qui est celui de la folie, il n’y aura jamais de place pour vous dans notre magistrature." Ce signe de folie fut également dénoncé par Max Nordau, journaliste et médecin, dans "Dégénérescence" en 1894, "ce triste infirme intellectuel.[…] un exemple du mysticisme devenu absolument enfantin et idiotement incohérent." Parlant des assonances dans le théâtre de Maeterlinck il dira : "C'est un cas de cette forme d'écholalie qui n'est pas rare chez les aliénés."

***

Au musée de Gand on peut voir un tableau représentant toute cette jeunesse littéraire flamande dans une séance de lecture.

1901_De_Theo_van_Rysselberghe__Lecture_par_Emile_Verhaeren

Tableau de Théo Van Rysselberghe "Lecture de'Emile Verhaeren


Le 28 octobre 1891 il répond à son ami Verhaeren qu'il assistera bien à une manifestation à laquelle il est invité mais : "Je crains seulement de ne pouvoir vous rendre en ceci tous les services que je voudrais et qu'il faudrait, car je suis et serai probablement toujours le plus lamentable des orateurs."